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Journée mondiale de l’aide humanitaire : un hommage aux équipes mobiles de soins de santé primaires qui viennent en aide aux populations sur la ligne de front en Ukraine

19 août 2026
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Victoria (nom d’emprunt) est médecin généraliste et vit dans la région de Soumy, en Ukraine. Elle aide à fournir des services de santé essentiels aux personnes prises au piège par les bombardements incessants et les mesures de sécurité très strictes dans les zones de front du pays.

« La veille de chaque visite, nous préparons avec soin tout ce dont nos patients pourraient avoir besoin. Nous commençons par trier les médicaments et le matériel médical fournis dans le cadre de l’aide humanitaire, puis nous préparons tout l’équipement et le matériel nécessaires pour prodiguer des soins d’urgence. »

« Nous intervenons auprès de communautés ayant un accès très limité – voire inexistant dans certaines régions – aux services de santé et aux médicaments essentiels. La plupart du temps, il n’y a ni réseau mobile ni connexion Internet. Les demandes de consultation, les ordonnances et les dossiers médicaux sont donc tous remplis à la main. »

« Lorsque le projet a démarré, en 2022, notre équipe effectuait 4 visites sur le terrain par mois. Aujourd’hui, nous en sommes à 10. »

Établir le contact avec les communautés

Victoria travaille au sein de l’une des équipes mobiles de soins de santé primaires qui interviennent dans 7 régions sur le front ukrainien : Tchernihiv, Dnipropetrovsk, Kharkiv, Kherson, Mykolaïv, Soumy et Zaporijjia. Ces équipes assurent des services de soins de santé primaires essentiels dans 121 localités où il n’y a ni pharmacie, ni structure de santé en activité. Il s’agit de la plus grande initiative de soins de santé primaires itinérants déployée dans les régions ukrainiennes situées sur le front.

Cette initiative est menée par l’OMS en partenariat avec le ministère ukrainien de la Santé et l’Académie ukrainienne de médecine familiale, avec le soutien financier de l’Union européenne.

La plupart des patients sont des personnes âgées ou des femmes avec enfants. Les femmes représentent plus de 70 % des patients, ce qui reflète la réalité démographique de ces communautés. Une consultation sur 10 concerne une personne en situation de handicap, tandis que près de 14 % des patients sont des personnes déplacées à l’intérieur du pays, qui ont été contraintes de fuir leur domicile mais ne sont plus en mesure de s’éloigner davantage du danger.

Les itinéraires des équipes sont constamment adaptés en fonction de l’évolution des conditions de sécurité et des déplacements de la ligne de front.

Des visites à domicile

Victoria explique que lorsque l’équipe arrive dans un lieu où les habitants sont exposés à un risque élevé de bombardements, elle ne pourrait pas leur demander de se rassembler en un seul endroit sans les mettre en danger. Au lieu de cela, les membres de l’équipe se rendent au domicile des patients, notamment chez ceux qui ont une mobilité réduite et qui ne peuvent physiquement pas se rendre aux lieux de consultation.

« Si, pendant un examen, je constate qu’un patient a besoin de consulter un spécialiste, je lui délivre immédiatement une ordonnance à cet effet. Si le réseau mobile fonctionne à notre retour du terrain, j’appelle le patient et je lui communique le numéro de référence par téléphone. S’il n’y a pas de connexion, je le transmets à notre visite suivante. Il arrive parfois que l’on finisse par résoudre des problèmes du quotidien simplement parce qu’il n’y a personne d’autre qui puisse aider. »

« Je me souviens d’être arrivée au domicile d’un patient peu après un bombardement aérien très violent. Dès que nous sommes entrés, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une importante fuite de gaz due à des dégâts dans la maison. Nous avons immédiatement contacté les services d’urgence et avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour obtenir de l’aide le plus rapidement possible. Ce n’était pas la raison pour laquelle nous étions venus, mais nous ne pouvions tout simplement pas laisser quelqu’un seul dans une situation aussi dangereuse. »

« Une autre fois, nous nous sommes rendus dans un village situé près du front actif, où il ne restait plus que 10 habitants. Les transports en commun ne circulaient plus, les livraisons de nourriture avaient cessé et la pharmacie locale avait fermé. En plus des médicaments, nous avons commencé à apporter du pain, car les gens ne pouvaient en acheter nulle part. La plupart des habitants plus jeunes avaient déjà quitté les lieux, laissant les personnes âgées seules, sans aide. »

« Les gens attendent vraiment nos visites avec impatience. Dans bon nombre de communautés où nous dispensons nos services, il n’y a ni personnel de santé ni pharmacie, et les transports en commun ont été suspendus. Pour beaucoup d’habitants, notre équipe est le seul moyen d’accéder à des soins de santé. »

« Il y a toujours quelqu’un qui s’inquiète »

« Nous travaillons très près de la ligne de front. Mais la réalité, c’est que la ligne de front se déplace constamment, et nos itinéraires se modifient en conséquence. L’endroit le plus proche du front où j’ai travaillé se trouvait à environ 15 km de la zone des combats. »

« Les personnes vivant près de la ligne de front n’ont souvent aucun moyen de contacter les membres de leur famille qui ont fui vers des zones plus sûres. Les réseaux mobiles et l’accès à Internet étant souvent indisponibles, leurs proches s’inquiètent et nous demandent fréquemment de transmettre un message ou simplement de leur faire savoir que tout va bien. »

« Quant à nos propres familles, chaque déploiement est pour elles aussi une cause de stress permanent. Nos parents s’inquiètent. Nos enfants s’inquiètent. Dès que nous captons un signal au cours d’une mission, l’une des premières choses que nous faisons est d’envoyer un message ou d’appeler chez nous. Lorsque je dois me rendre dans des régions particulièrement dangereuses, je laisse les coordonnées de mes proches au coordinateur et je lui demande de les contacter si je reste injoignable plus longtemps que prévu. »

« J’ai une collègue dont la mère s’inquiète énormément à chaque déploiement, donc elle préfère parfois tout simplement ne pas la prévenir de ses prochains déplacements, juste pour lui épargner un motif d’anxiété supplémentaire. »

« Bien sûr, ce n’est facile pour personne, mais nos proches comprennent à quel point ce travail est important. À bien des égards, nos familles constituent notre principale source de soutien affectif. »

« Après une journée difficile, tout ce dont on a envie, c’est de rentrer chez soi et de serrer dans ses bras ceux qu’on aime. »