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Philippines : Des déplacements dus au changement climatique menacent les droits

Les personnes handicapées vivant sur l'île de Siargao, dévastée par un typhon, sont exposées à de graves risques

Hasael Compra, un pécheur philippin, ramait dans la zone d’une mangrove au bord de la petite île de Siargao, dans le sud-est des Philippines, en 2025.  © 2025 Camille Robiou du Pont/Human Rights Watch
  • Les autorités philippines ont cherché à déplacer de manière permanente des communautés entières de diverses régions vers des sites jugés plus sûrs, sans toutefois respecter les normes internationales visant à protéger les droits des personnes touchées.
  • Les échecs constatés dans la région de Siargao démontrent la nécessité urgente pour les autorités de garantir des solutions inclusives et fondées sur les droits, notamment en consultant pleinement les personnes concernées.
  • Le gouvernement philippin devrait élaborer un plan de réinstallation respectueux des droits, avec le soutien d’organisations internationales et de bailleurs de fonds.

(Tokyo, 19 février 2026) – Les autorités philippines chargées de reloger les communautés déplacées en 2021 par le typhon Odette ont ignoré les droits des habitants, en particulier ceux des personnes handicapées, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les initiatives de relogement sur l'île de Siargao, dans le sud des Philippines, ont été menées sans consulter les habitants de manière significative, sans transmettre d’informations accessibles à tou-te-s, et sans garantir une participation inclusive ; ceci a porté atteinte aux droits des habitants, et les a exposés à de futurs risques liés aux phénomènes météorologiques extrêmes.

En décembre 2021, le typhon Odette, aussi connu sous le nom de typhon Rai sur le plan international, a balayé les Philippines, y compris Siargao, détruisant des maisons, tuant des centaines de personnes et déplaçant des milliers d'autres. Des communautés côtières entières se sont retrouvées sans abri, sans eau potable et sans accès aux services publics. Les personnes handicapées et leurs familles ont décrit les obstacles importants qu'elles ont rencontrés pour évacuer leurs domiciles, et se mettre en sécurité pendant et après la tempête. Depuis lors, les autorités philippines ont cherché à déplacer de manière permanente des communautés entières vers des zones désignées comme plus sûres, dans le cadre d'une réinstallation planifiée, sans toutefois respecter les normes internationales visant à protéger les droits des personnes touchées.

Entre mai et septembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 48 personnes, dont 25 personnes handicapées et leurs familles vivant dans quatre municipalités de l'île de Siargao (Del Carmen, Pilar, San Isidro et Santa Monica), des représentants communautaires, des experts en changement climatique, des représentants des Nations Unies et des responsables gouvernementaux à Manille, Butuan City, Surigao City et Siargao.

Sites des recherches menées par Human Rights Watch
Carte de Siargao et des îles voisines, dans le sud-est des Philippines, où Human Rights Watch a mené en 2025 des recherches sur les déplacements de population après le passage du typhon Odette (aussi connu sous le nom de « typhon Rai ») en 2021. © 2026 Human Rights Watch

« Mon mari m'a portée sur son dos à travers les zones inondées », a déclaré Jocelyn Iytac Eguna, âgée de 65 ans et atteinte d'un handicap physique, évoquant le typhon qui a dévasté Siargao et les îles voisines. « J'avais perdu tout espoir et je voulais vraiment mourir. C'est vraiment difficile pour moi. Les autres pouvaient simplement s'enfuir, mais moi, j'ai dû être portée. »

À la suite du passage du typhon Odette, le gouvernement philippin a interdit tout projet de construction dans les zones côtières et les lits des rivières de Siargao, qui font partie de la zone de conservation protégée, afin d'empêcher les habitants de retourner chez eux « pour leur propre sécurité ». Cependant, les autorités n'ont pas consulté de manière significative les communautés déplacées au sujet de leurs besoins et préférences pour leur propre avenir, et elles ne leur ont pas non plus proposé de logements de remplacement adéquats ni fourni d'informations suffisantes sur les plans visant à apporter une solution durable.

satellite image satellite image

Comparaison d'images satellite avant et après le passage du typhon Odette le 16 décembre 2021, montrant la destruction partielle du village de Jaboy (municipalité de Pilar), sur l'île de Siargao aux Philippines. AVANT : 4 décembre 2020. APRÈS : 6 janvier 2022. © 2026 Planet Labs PBC / Human Rights Watch.

Au cours de la dernière décennie, les tempêtes aux Philippines ont déplacé au moins 43,8 millions de personnes. Avec l'accélération du changement climatique, le nombre de personnes déplacées devrait augmenter. Une étude récente a révélé que le changement climatique induit par les activités humaines a « plus que doublé la probabilité d'un événement complexe comme le typhon Odette ». Rien qu'en novembre 2025, deux typhons successifs ont touché plus de 12 millions de personnes dans le pays, faisant des centaines de morts et déplaçant plus de 466 000 personnes, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).

En vertu des Principes directeurs des Nations Unies relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays, les autorités compétentes ont le devoir et la responsabilité premiers de créer les conditions d'une solution durable pour les personnes déplacées par des catastrophes. Les normes internationales définissent trois solutions durables pour les personnes déplacées : un retour dans la dignité, une intégration locale ou une réinstallation permanente planifiée dans un nouveau site comparable. La plupart des habitants déplacés par le typhon Odette sont immédiatement retournés dans leur région, et ont reconstruit leurs maisons dans la zone interdite à la construction, où ils font face à un avenir incertain.

Étant donné que la vie, les moyens de subsistance et l'identité des personnes sont profondément liés à leurs foyers, les mesures d'adaptation au changement climatique et de prévention des catastrophes qui permettent aux personnes de rester sur place doivent être privilégiées dans la mesure du possible. Selon le Guide sur la réinstallation planifiée copublié par les Nations Unies en 2015, une telle mesure ne doit être envisagée qu'en dernier recours pour protéger la vie et la santé des habitants, et sur la base d'une consultation avec les communautés touchées ou à leur demande.

Les autorités municipales de Siargao ont réagi de différentes manières au typhon et à la désignation de la zone interdite à la construction. Immédiatement après le typhon, la municipalité de San Isidro a entrepris, sans consulter ou soutenir suffisamment les familles touchées, une réinstallation mal planifiée de 40 familles qui vivaient sur les berges de la rivière San Isidro, vers Josephath, un site situé en amont ; cette initiative a été menée d’une manière qui a porté atteinte à leurs droits. Des membres de la communauté et des responsables locaux ont déclaré que les familles relogées avaient un accès irrégulier à l'eau, et des difficultés à accéder à la rivière et aux services de la communauté. Les personnes handicapées sont particulièrement exposées aux risques de blessures et au manque d'accès, en raison de l'inaccessibilité du site.

De même, la municipalité de Pilar, avec le soutien de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a déplacé plusieurs familles vers un site qui, selon la communauté locale, est régulièrement inondé, ce qui va à l'encontre de l'objectif même de la réinstallation. En conséquence, lors de conditions météorologiques extrêmes, les familles restent coupées du reste du village, y compris de l'école primaire locale, qui sert également de site d'évacuation.

Les municipalités de Santa Monica et Del Carmen, qui prévoient actuellement des réinstallations, devraient tirer les leçons de ces erreurs et agir pour garantir un processus respectueux des droits, a déclaré Human Rights Watch.

Le maire de Del Carmen, Alfredo Coro, a reconnu que la municipalité n'avait pas encore consulté les communautés concernées ; il s'est engagé à faire en sorte que le projet de réinstallation soit axé sur les droits humains et inclusif pour les personnes handicapées. Si le projet de réinstallation de Del Carmen respecte les droits humains, il pourrait servir de modèle pour d’autres municipalités des Philippines, et peut-être même pour les 77 autres pays où des projets de relocalisation liés à des catastrophes ont été recensés.

En vertu du droit international relatif aux droits humains, les Philippines sont tenues de respecter, protéger et réaliser les droits économiques, sociaux et culturels de chaque personne, et de les protéger face aux risques raisonnablement prévisibles liés au changement climatique, notamment l'élévation du niveau de la mer et d'autres phénomènes. En vertu de l’article 11 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), les autorités à tous les niveaux doivent « assurer la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris […] les catastrophes naturelles ».

Alors que les autorités philippines, au niveau local et national, étendent le programme de réinstallation à Siargao, il est essentiel qu'elles garantissent le respect des droits humains par le biais de consultations significatives et d'informations accessibles. Garantir les droits des personnes les plus exposées, y compris les personnes handicapées, permettra d'assurer une meilleure protection et sécurité pour tous les habitants, a déclaré Human Rights Watch.

« Le gouvernement philippin et les bailleurs de fonds internationaux devraient fournir aux autorités locales de Siargao un soutien suffisant pour élaborer des solutions durables pour les personnes déracinées par le typhon Odette, et celles qui sont de plus en plus exposées aux risques climatiques », a conclu Emina Ćerimović. « Le changement climatique amplifie les inégalités existantes, et les échecs passés à Siargao soulignent la nécessité urgente pour les autorités de garantir des solutions inclusives et fondées sur les droits, notamment par le biais d'une réinstallation bien planifiée. »

Suite détaillée en anglais.

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