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Corne de l’Afrique/Afrique de l’Est : Crimes de guerre et répression électorale

Les gouvernements concernés devraient prendre des mesures contre les forces responsables d’abus et agir en faveur de l’espace civique

Des familles venant d'El Fasher dans un camp de déplacés à Tawila, dans la région du Darfour, au Soudan, le 31 octobre 2025. © 2025 Norwegian Refugee Council via AP

(Nairobi) – Au Soudan, au Soudan du Sud et en Éthiopie, les civils sont frappés de plein fouet par les conflits armés violents, dans lesquels ils sont fréquemment et souvent délibérément ciblés par les parties belligérantes, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. Les gouvernements de la région ont réprimé, lors de manifestations et à l’approche des élections, un espace civique et politique déjà restreint.

« Les attaques violentes contre les civils par des forces militaires et des groupes armés soumis à aucun contrôle se normalisent dans la Corne de l’Afrique et en Afrique de l’Est, alors que les acteurs mondiaux et régionaux ne sont pas disposés à prendre des mesures contre les responsables et leurs soutiens », a déclaré Mausi Segun, directrice exécutive de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les acteurs régionaux et internationaux devraient sanctionner les auteurs d’abus et les amener à rendre des comptes et veiller au contrôle indépendant des droits humains dans ces pays. »

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

  • Le Soudan est le théâtre de violations généralisées du droit de la guerre avec une impunité omniprésente. Les Forces de soutien rapide, qui se battent contre l’armée pour le contrôle du pays, ont attaqué le plus grand camp de déplacés du Darfour, assiégé la capitale du Darfour-Nord, El Fasher, et se sont livrées à un carnage lorsqu’elles ont pris le contrôle de la ville en octobre, perpétrant des meurtres à grande échelle. Les Forces armées soudanaises et leurs alliés, notamment lors de la reconquête de villes et villages clés, ont délibérément pris pour cible des civils et bombardé de manière indiscriminée des infrastructures civiles.
  • Le conflit a repris dans certaines parties du Soudan du Sud, avec des conséquences désastreuses pour les civils. Dans le Haut-Nil, les bombardements aériens du gouvernement sur des zones peuplées, y compris avec des bombes incendiaires, ce qui peut constituer des crimes de guerre, ont tué et blessé des centaines de civils et provoqué des déplacements considérables. À la suite d’un nouveau report des élections au Soudan du Sud, le gouvernement a fortement restreint les libertés et les droits fondamentaux et a arrêté et accusé arbitrairement les dirigeants des partis d’opposition de crimes graves.
  • Les forces gouvernementales et la milice Fano dans la région éthiopienne Amhara ont commis des crimes de guerre et d’autres abus graves, tandis que les forces érythréennes dans la région du Tigré ont commis des abus contre des civils dans les zones qu’elles contrôlent. Alors que des élections sont prévues pour juin 2026, les autorités ont ciblé des journalistes et des médias indépendants et ont cherché à légaliser leur répression des organisations de défense des droits.

Les gouvernements de la région se sont livrés à une répression généralisée de l’espace civique, notamment lors de manifestations et dans des périodes électorales.

  • Les forces de sécurité du Kenya ont brutalement réprimé les manifestations en ayant recours à une force meurtrière et ont commis d’autres violations graves contre les manifestants.
  • En Tanzanie et en Ouganda, à l’approche des élections générales prévues en octobre 2025 et en janvier 2026 respectivement, les autorités ont emprisonné les principaux dirigeants de l’opposition, ont réprimé les journalistes et les manifestants et ont restreint les droits à la liberté d’expression.
  • Les autorités tanzaniennes ont réagi par la force létale et d’autres abus, y compris des restrictions de l’internet à l’échelle nationale, aux manifestations qui se sont déroulées le jour du scrutin.
  • L’Ouganda a de nouveau autorisé les procès de civils devant des tribunaux militaires, ciblant des opposants politiques, bien qu’une décision de la Cour suprême ait déclaré ces procès inconstitutionnels.
  • Malgré les mandats visant à prévenir et atténuer les conflits, l’Union africaine et les autres organismes régionaux, y compris l’Autorité intergouvernementale pour le développement, n’ont pris aucune mesure significative pour contribuer à protéger les civils, à prévenir les violations ou à traduire en justice les responsables d’abus.

Les gouvernements concernés devraient sanctionner les commandants des forces commettant des abus, promouvoir l’indépendance des médias et de la société civile, et soutenir les mécanismes régionaux et internationaux d’enquête et de responsabilisation, a déclaré Human Rights Watch.

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