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Hong Kong : L’ex-patron de presse Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison

Les autres gouvernements devraient appeler Pékin à libérer le fondateur d'Apple Daily et ses anciens collègues

Un véhicule du département des services pénitentiaires de Hong Kong, transportant l’ex-patron de presse et activiste pro-démocratie Jimmy Lai, quittait le Tribunal de première instance de West Kowloon de Hong Kong, suite à sa condamnation à 20 ans de prison, le 9 février 2026. © 2026 Chan Long Hei/AP Photo

(New York, 9 février 2026) – La condamnation par la Haute Cour de Hong Kong de Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily et activiste pro-démocratie, à 20 ans de prison est un nouveau coup dur pour la liberté des médias, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Il s'agit de la peine la plus sévère prononcée en vertu de la Loi sur la sécurité nationale depuis que le gouvernement chinois a imposé cette législation draconienne à Hong Kong en juin 2020. 

Le 15 décembre 2025, Jimmy Lai, âgé de 78 ans et ayant la double nationalité chinoise et britannique, avait été reconnu coupable de deux chefs d'accusation de « complot en vue de collusion avec des forces étrangères » en vertu de la Loi sur la sécurité nationale, et d’un chef d'accusation de « complot en vue de publier des publications séditieuses » en vertu de l'Ordonnance sur les crimes. Le gouvernement de Hong Kong devrait libérer Lai immédiatement et sans condition.

« La détention préventive et les poursuites sans fondement dont Jimmy Lai a fait l'objet depuis son arrestation en 2020 ont été marquées par une cruauté sans relâche », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « La peine de 20 ans infligée à Lai, âgé de 78 ans, qui équivaut en fait à une peine d'emprisonnement à perpétuité, reflète la détermination du gouvernement chinois à écraser le journalisme indépendant et les détracteurs du Parti communiste. »

Six anciens cadres et rédacteurs d'Apple Daily, qui avaient précédemment plaidé coupable à des accusations similaires dans la même affaire, ont également été condamnés à des peines sévères allant de 6 ans et 9 mois à 10 ans de prison. Trois d'entre eux ont témoigné contre Lai, en échange d'une réduction de peine.

Deux activistes liés à l’organisation Stand With Hong Kong, Andy Li et Wayland Chan, étaient accusés d’avoir « conspiré » avec Lai afin de commettre des actes de « collusion avec l’étranger » ; ils ont plaidé coupable et ont témoigné contre Lai, en échange de peines plus légères. Andy Li et Wayland Chan ont été condamnés respectivement à 7 ans et 3 mois de prison, et à 6 ans et 3 mois de prison.

Dans sa décision, le tribunal a estimé que le rôle de Lai en tant que « cerveau et force motrice » derrière les « complots » constituait un facteur aggravant justifiant une peine de prison plus longue. Le tribunal a accordé une légère réduction de peine en raison de certains facteurs – « l'âge avancé et l'état de santé de Lai »ainsi que l'isolement cellulaire dans lequel il a été détenu – mais a déclaré que son « comportement criminel grave et sérieux » justifiait la peine de 20 ans.

Suite à cette décision judiciaire, le commissaire Steve Li, chef du département de la sécurité nationale de la police de Hong Kong, a déclaré que les agents « enquêtaient toujours sur certains aspects » de l'affaire Lai, sans donner plus de détails.

Les autorités de Hong Kong ont déployé d'importantes forces de police à l'extérieur du tribunal. À la veille de l'audience, la police a expulsé une personne de la file d'attente devant le tribunal parce qu'elle avait un porte-clés avec le logo d’Apple Daily. Les agents ont fouillé les personnes présentes au tribunal et ont confisqué divers objets, notamment un bandana aux couleurs du drapeau britannique et des décorations du Nouvel An lunaire. Le jour de l'audience, la police a séparé les journalistes du public, et a empêché les reporters de parler aux personnes qui attendaient pour assister à la procédure.

Les poursuites engagées contre Jimmy Lai ont été entachées de nombreuses violations graves du droit à un procès équitable, notamment le fait d'avoir été jugé par des juges choisis par le gouvernement de Hong Kong, de s'être vu refuser un procès devant jury, d'avoir été soumis à une détention provisoire prolongée et de s'être vu refuser le droit de choisir son avocat. En 2023, la Haute Cour a confirmé la décision du gouvernement d'interdire à un avocat britannique, Timothy Owen, de représenter Lai. Les autorités ont également refusé à Lai l'accès au consulat du Royaume-Uni, en violation de la Convention de Vienne sur les relations consulaires, à laquelle la Chine est pourtant un État partie.

Jimmy Lai purgeait déjà une peine de 5 ans et 9 mois pour « fraude » et « participation à un rassemblement non autorisé ». Il souffre de diabète, et est détenu en isolement cellulaire prolongé, une forme de torture, depuis décembre 2020. Sa famille a exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes quant à la détérioration de son état de santé, notamment des problèmes cardiaques et des signes de déclin physique.

Poursuivre quelqu'un pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression viole le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui est intégré dans le cadre juridique de Hong Kong par le biais de sa Loi fondamentale (de facto sa constitution), et de sa Loi sur la déclaration des droits. L’actuel régime juridique de Hong Kong en matière de sécurité nationale est incompatible avec ces garanties des droits humains.

Divers dirigeants et représentants de gouvernements étrangers, ainsi que des parlements étrangers, ont exprimé leur inquiétude au sujet du cas de Jimmy Lai, et ont appelé à sa libération. L’Union européenne (version fr), le Royaume-Uni et les États-Unis ont publié des déclarations critiquant la condamnation de Jimmy Lai, et appelé explicitement à sa libération ; l'Australie a également critiqué le verdict.

Ces derniers mois, cependant, de nombreux dirigeants gouvernementaux en visite en Chine ont largement évité d'aborder les questions relatives aux droits humains, cherchant à développer leurs relations commerciales avec Pékin. Le chancelier allemand Friedrich Merz devrait se rendre à Pékin fin février, et le président américain Donald Trump prévoit de s'y rendre en avril.

Depuis 2020, les autorités de Hong Kong ont arrêté au moins 365 personnes, et condamné 174 personnes en vertu de la Loi sur la sécurité nationale, selon les chiffres officiels ; presque toutes les personnes inculpées finissent par être condamnées.

Peu de gouvernements ont pris des mesures concrètes en réponse à la détérioration rapide des droits et libertés à Hong Kong. Les États-Unis ont imposé des sanctions à des responsables chinois et hongkongais en 2020, 2021 et 2025 pour des violations liées à la Loi sur la sécurité nationale, mais ils ont été le seul gouvernement à le faire. L'Australie, le Royaume-Uni et l'Union européenne, qui disposent de régimes de sanctions en matière de droits humains, devraient imposer des sanctions ciblées aux responsables chinois et hongkongais les plus impliqués dans les violations graves des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

« La condamnation aberrante de Jimmy Lai met à l'épreuve la détermination de la communauté internationale à défendre les libertés fondamentales à Hong Kong et en Chine », a conclu Elaine Pearson. « Les gouvernements étrangers devraient veiller à ce que les autorités chinoises et hongkongaises responsables de l'emprisonnement de cet éminent défenseur de la liberté d'expression et de la démocratie en subissent les conséquences. »

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